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Publié : 30 janvier 2008

Le chantier de la didactique info-documentaire dans le camp des professeurs documentalistes

Agnès Montaigne et Françoise Chapron

La didactique se joue sur trois niveaux : celui des contenus, celui des stratégies d’apprentissage en fonction des contenus et celui de la relation des élèves au savoir. C’est sur ces trois fronts que le chantier de la didactique documentaire doit être ouvert. Réflexions des formatrices en documentation de l’IUFM de Haute Normandie.

Depuis les années 80 la nécessité d’une formation documentaire des élèves s’est peu à peu imposée dans les CDI. Sur la base de référentiels issus des professionnels des bibliothèques sur le modèle anglo-saxon, nous avons construit de nombreuses séances cherchant à développer les compétences info-documentaires de nos élèves. Le référentiel de la FADBEN [1] puis des initiatives locales comme les circulaires de Rouen [2] nous ont aidés en leur temps à cibler nos attentes.

Mais un certain désenchantement est parfois exprimé. Nos élèves certes savent par exemple ce qu’est un index, ils y ont en général recours à bon escient, mais dans les différentes évaluations que nous faisons notamment à l’entrée en seconde, nous nous sommes aperçus qu’ils sont incapables de verbaliser leurs pratiques ou de donner des définitions des objets documentaires qu’ils utilisent, ce qui à la réflexion est parfaitement normal dans la mesure où nous avons mis l’accent sur les compétences.

Cela ne serait pas si grave si nous devions en rester à la documentation imprimée. Mais il y a aujourd’hui nécessité de travailler sur les documents numériques qui présentent à la fois de nombreuses analogies et d’énormes différences avec les documents précédents et dont la complexité ne peut être abordée qu’à l’aide de représentations théoriques. Il faut les trouver, les évaluer, les décrire, les utiliser en respectant des règles et des logiques nouvelles. Le seul usage de ces objets ou la connaissance des techniques de base de ceux qui leur donnent accès, ne suffit pas à faire émerger une vision claire de ce qu’ils sont. Pour aider les élèves à sortir du royaume de la confusion, il est nécessaire de nommer, distinguer, définir, comparer.... Toute une activité qui fait appel à des savoirs théoriques fussent-ils scolaires !

Nous avions dès la fin des années 90 intégré l’idée qu’il n’y a pas de compétences sans connaissances et déjà le souci de définir les "notions" auxquelles nous faisions appel pour aller au delà de simples savoir-faire était apparu [3] [4]. Ce souci n’a cessé de monter en puissance et aujourd’hui une partie de la profession s’efforce de repérer ces contenus théoriques et d’inventorier le savoir scolaire à transmettre, Pour ces professeurs documentalistes, il s’agit, à partir de l’analyse des tâches accomplies fréquemment au CDI par les élèves, de cerner les savoirs scolaires à enseigner et d’en décrire les contenus.

Un certain nombre d’initiatives peuvent être inventoriées, les plus connues de la profession ayant donné lieu à la publication du Petit dictionnaire des concepts info-documentaires : approche didactique à l’usage des enseignants documentalistes sur Savoirs CDI [5] et du Médiadoc Savoirs scolaires en mars 2007 [6] . Dans le même temps, une équipe de recherche technologique en éducation ( ERTé) animée par Annette Beguin professeur à l’université de Lille 3 [7] réunissant également certains acteurs du terrain engagés dans les travaux ci dessus, s’est donnée comme objectif de mettre en évidence les enjeux, les pratiques formelles et non formelles, les savoirs et les approches didactiques mobilisés par les pratiques documentaires.

Le travail d’inventaire des contenus n’est pas encore terminé mais nous avons pris également conscience de la nécessité d’élargir encore notre réflexion. La didactique ne se limite pas à la réflexion sur les contenus. Elle suppose certes d’une part d’éclaircir l’organisation et l’articulation interne du corpus à transmettre. Elle prévoit ensuite d’anticiper l’organisation du travail des élèves non seulement en ce qui concerne les stratégies d’approche des connaissances repérés, mais aussi par rapport aux obstacles qui s’interposent entre l’élève et ces connaissances. Le chantier est vaste, il s’agit ici de donner un aperçu des tâches qui restent à entreprendre.

I - Les contenus à enseigner

La première opération a consisté à lister des concepts et à inventorier les relations qu’ils ont entre eux. Des définitions ont été réalisées. Le risque à cette étape est de s’aveugler avec des connaissances de spécialistes ou de professionnels de l’information et d’oublier que nous formons des citoyens de la société du savoir. La question qui est posée est celle de ce que nous souhaitons que nos élèves aient compris de l’information dans cette société.

Nous disposons aujourd’hui de quelques outils fort utiles : dictionnaires de définitions savantes et didactisées, cartes conceptuelles [8] autour d’une notion généralement en ligne. Mais pour pouvoir utiliser les savoirs scolaires ainsi repérés, de façon efficace, il est nécessaire de disposer d’un point de vue, représentatif de l’angle d’approche que nous adoptons dans la formation de nos élèves et de l’expliciter en mettant en avant les concepts pivots de ces formations. Il s’agit donc de définir ce que nous voulons donner comme contenu propre à ce que les didacticiens des sciences nomment "matrice disciplinaire" et "concepts intégrateurs". [9]

En tant que formatrices de PLC2 à Caen et à Rouen, nous avons élaboré une proposition présentée sur ce site. [10] Elle suppose comme matrice disciplinaire la recherche documentaire afin de rester en cohérence avec la demande exprimée dans les textes officiels, les élèves et les professeurs dans les établissements secondaires. Les concepts intégrateurs sont inspirés du cycle de l’information de Yves Le Coadic [11] : construction de l’information, traitements de l’information, usages de l’information. Ils nous semblent propres à présenter aux élèves les principes à connaître pour repérer, trier, évaluer, utiliser des informations au cours d’une recherche documentaire.

Ils peuvent nous aider à déterminer l’angle d’approche de certaines notions qui peuvent être présentes dans les trois thèmes (le mot-clé par exemple) selon les niveaux et selon les besoins des activités documentaires tout en ayant en tête un curriculum plus large. Aucun concept en effet ne peut être construit en une seule fois. Il va falloir penser une progression voire des ruptures de compréhension [12]. Il s’agit de concevoir chacune des définitions didactisées que nous donnons aux élèves comme une pièce de "légo" sur laquelle il sera possible ensuite d’accrocher d’autres pièces pour enrichir les premières approches.

Il va de soi que cette proposition de concepts intégrateurs et de matrice disciplinaire n’est actuellement qu’une hypothèse de travail pour les PLC2, puisqu’elle n’a donné lieu à aucune validation de la profession. Par ailleurs, elle est faite pour l’ensemble du cursus de la sixième à la terminale, alors qu’il conviendrait peut-être de faire des distinctions selon les niveaux. Il faudrait aussi envisager de relier la réflexion en cours à celles qui sont menées en amont et en aval : dans le primaire et à l’université. C’est donc le premier chantier de cette liste.

II- Les stratégies à mettre en place.

Mais nous ne pouvons attendre que l’ensemble du corpus soit prêt pour avancer sur les deux autres chantiers de la didactique. A diffuser ainsi des définitions déjà didactisées, nous courons le risque d’inviter à une pratique peu efficace, celle de la définition dictée aux élèves avant ou après un exercice destiné à appliquer le nouveau savoir ainsi présenté, reproduisant ainsi les schémas les plus traditionnels de la pédagogie.

Faire accéder les élèves au savoir documentaire, c’est avant tout leur donner les moyens de construire par eux-mêmes une véritable compréhension du fonctionnement des outils documentaires et des ressources proposées. C’est en verbalisant et en formalisant leurs découvertes avec l’aide de leurs professeurs que les élèves auront le plus de chance, d’abord de comprendre ce que sont ces objets et ensuite de les utiliser avec intelligence. La didactique de l’information - documentation ne peut aller sans la prise en compte de l’apprentissage de l’abstraction [13] appliquée au nouvel environnement numérique.

La définition préparée par le professeur ne sert plus alors que de guide pour vérifier que les éléments essentiels à un niveau donné ont bien été découverts par les élèves au cours d’une expérimentation, la formulation finale étant laissée à ces derniers, gage et preuve d’une meilleure intégration.

Il est donc indispensable que d’ores et déjà les professeurs documentalistes mettent en place des situations propres à favoriser ces découvertes par les élèves et à les mettre réellement en activité. La mise en activité ne se résume pas à faire faire des exercices, ni à amener les élèves à circuler dans le CDI. Elle suppose que l’élève devienne acteur et fasse preuve d’invention et d’autonomie. Des situations de ce type ont été largement décrites dans le monde de la didactique des sciences sous le nom de "démarches d’investigations" ou "situations problèmes". Il s’agit de mettre les élèves devant un problème ouvert qui n’a rien à voir avec les problèmes tels que nous les connaissions en mathématiques ou en physique, et de les amener à formuler des hypothèses explicatives ou à définir des protocoles à mettre en œuvre.

Ces problèmes sont liées à un obstacle, font naître un questionnement chez les élèves, sont susceptibles de créer des ruptures, correspondent à des situations complexes qui ont du sens pour les élèves, font l’objet de plusieurs moments de métacognition. [14] Le problème ne peut être réduit à une simple question théorique posée en classe, son énoncé est suffisamment riche pour permettre de vérifier en situation la validité de telle ou telle hypothèse, et suffisamment ciblé pour centrer l’attention des élèves sur un apprentissage précis. [15] Ce n’est qu’à partir des hypothèses exprimées, que la phase de structuration des connaissances pourra ensuite avoir lieu, amenant à une reformulation écrite sous la conduite du professeur des connaissances nouvelles acquises.

La réalisation de ces situations problèmes puis la conduite de la démarche supposent bien entendu que le professeur soit au clair avec les concepts utilisés et au fait des évolutions de la technologie de l’information comme un professionnel et pas seulement comme un usager cultivé.

Il serait souhaitable de constituer une banque de telles situations. Chacune serait caractérisée par l’objectif à atteindre en terme de compétence, par le concept ou la notion à appréhender ainsi que par le concept intégrateur dont elle permettra à terme la construction. Elles ne sont pas toutes d’une structure identique. Entre celles proposées par Britt-Mari Barth pour obtenir la réalisation de définitions de concepts abstraits en faisant repérer progressivement leurs divers attributs par les élèves et les divers "mystères" que nous pouvons extraire de la pratique de la recherche documentaire, comme la compréhension de résultats "aberrants" proposés par un moteur, il y en a beaucoup d’autres possibles. Ce pourrait être l’enjeu d’un travail collectif et collaboratif des professeurs documentalistes.

III - Les obstacles à prendre en compte.

Ces démarches auront d’autant plus d’efficacité qu’elles prendront en compte dès leur conception ce qui empêche les élèves d’être réceptifs. En matière de documentation numérique, les nouvelles connaissances proposées aux élèves viennent en rupture avec des habitudes hérités des pratiques sociales liées à l’imprimé ou des discours idéologiques dominants sur l’Internet. C’est ce que les didacticiens nomment "obstacles épistémologiques". Ils sont épistémologiques car ils trouvent en général leur origine dans un système de pensée qui a pesé à un moment ou un autre dans l’histoire de la discipline.

Bachelard [16] écrivait : « Quand il se présente à la culture scientifique, l’esprit n’est jamais jeune. Il est même très vieux, car il a l’âge de ses préjugés [...] L’opinion pense mal ; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances. En désignant les objets par leur utilité, elle s’interdit de les connaître. On ne peut rien fonder sur l’opinion : il faut d’abord la détruire. »

En ce qui concerne les élèves ces "opinions" reprennent la première place dans leurs esprits une fois le souvenir de la leçon reçue estompé. Les didacticiens font l’hypothèse qu’en les repérant et en mettant en place les moyens de faire douter les élèves de leur véracité, nous aurons plus de chance que le discours scientifique soit retenu et que les élèves puissent se libérer des savoirs "communs". Avec les PLC2 de Rouen, nous avons listé tout ce qui empêche les élèves d’être réceptifs au discours du professeur sur les réalités de l’Internet et aboutit à un classement qui nous permettra peut-être de mettre en place de quoi les vaincre.

Là encore l’ensemble de la profession a beaucoup à dire et la mise en commun de nos observations serait sans doute très intéressante.

Conclusion.

D’aucuns doutent encore de l’utilité d’une formation documentaire confiée à des spécialistes. On voudrait croire que l’éducation à l’information peut être faite par n’importe quel professeur, les professeurs étant des usagers d’information par définition. C’est oublier que l’usager même cultivé n’a généralement pas construit une représentation claire des objets qu’il utilise et qu’il est souvent lui aussi victime des préjugés les plus courants surtout à propos de l’Internet.

Voulons-nous donner à nos élèves quelques "trucs" susceptibles de les aider à naviguer dans ce monde informationnel ou voulons-nous les rendre capables de comprendre ce qui est en jeu lorsqu’ils se lancent dans une recherche documentaire ? Voulons nous les adapter [17] aux outils d’aujourd’hui ou les préparer à ceux du futur ? Si vous penchez pour le deuxième terme de chacune de ces questions, il serait sage de penser à la façon dont nous allons nous y prendre. Certains s’y emploient déjà activement. [18]

Cela d’ailleurs ne préjuge en rien des situations d’apprentissages à organiser dans les établissements. Elles peuvent être très diverses, séances, parties de séances, cursus organisés, soutien individuel ou par petits groupes.... Dans toutes ces situations, y compris celles qui renvoient au modèle de l’aide individuelle aux usagers, une réflexion didactique, telle que la connaissance des concepts et des obstacles tout comme la capacité à analyser une situation problème, est indispensable. Mais dans tous les cas, cette réflexion didactique ne peut être le fait que de professionnels de l’information maîtrisant le contenu de leur champ de connaissance au même titre que l’ensemble des autres professeurs de discipline.

Notes

[1] Référentiel : des mises en séquences. Médiadoc, décembre 1998. 32 p. – disponible aussi sur Référentiel FADBEN

[2] Site des docs de l’académie de Rouen

[3] Recherche documentaire et maîtrise de l’information. Rouen, CRDP, 1999. 197p. + 1 Cédérom. (Chemin faisant)

[4] Académie de Nantes, groupes de travail de la Vendée, du Maine-et-Loire et de la Loire-Atlantique. Les apprentissages documentaires. « Référentiels » en documentation. 1999. 14p.] Groupe de travail de Vendée = référence inaccessible aujourd’hui

[5] Petit Dictionnaire

[6] Mediadoc mars 2007

[7] Erté " Culture informationnelle et curriculum documentaire", organisateur du colloque international "L’Education à la culture informationnelle" les 16, 17 et 18 octobre 2008 à Lille.

[8] Cartes conceptuelles Académie de Nantes

[9] Develay, Michel. De l’apprentissage à l’enseignement. Paris, ESF, 1995. 163p. (Pédagogie)

[10] Formdoc

[11] Le Coadic, Yves. La Science de l’information. PUF, 1997. (Que sais-je ?)

[12] Cf concept d’auteur. L’auteur personne physique et morale est une notion qu’il est indispensable de construire en mettant en avant sa responsabilité dans la conception d’un message. Mais sur Internet, il faudra faire admettre que le concept d’auteur en tant que personne est moins utile que celui d’autorités qui met en avant non seulement la responsabilité du message mais la forme d’influence exercée.

[13] Barth, Britt-Mari. L’apprentissage de l’abstraction. Paris, Retz, 1987

[14] De Vecchi, Gérard, Carmona-Magnaldi, Nicole. Faire vivre de véritables situations problèmes. Paris : Hachette, 2002.

[15] Par exemple pour des élèves de sixième devoir réaliser des cotes d’ouvrages sans avoir en aucune façon reçu d’explication sur leur structure.

[16] Bachelard, Gaston. La formation de l’esprit scientifique. Paris : Vrin, 1938

[17] Adapter, c’est aussi rendre dépendant.

[18] Comme on peut s’en rendre compte sur le site de Pascal Duplessis, formateur à l’IUFM de Nantes Les Trois Couronnes

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6 Messages de forum

  • Le chantier de la didactique info-documentaire dans le camp des professeurs documentalistes

    Février 2008, par Bruno Devauchelle

    Bonjour

    Il me semblerait intéressant que la banque de situations à construire soit articulée avec des apprentissages disciplinaires autres que ceux de l’information documentation. Cela aurait deux intérêts :
    - d’une part cela permettrait de donner du sens à ces situations (on apprend pas la méthodologie pour elle même, toute connaissance est contextualisée)
    - d’autre part cela permettrait de mettre le doigt sur la difficulté qu’ont de nombreux enseignants dans leur propre discipline à maîtriser les compétences info-documentaires Qu’un corpus de notions soit établi est essentiel, appuyé sur des mises en situations contextualisées et exprimées en terme de compétences (pas de compétence sans connaissance). Mettre du lien avec l’ensemble des enseignements scolaire c’est aussi envisager que les apprentissages documentaires ne soient lettre morte parce que non relayés dans les enseignements des autres disciplines.

    Bruno Devauchelle

    Voir en ligne : Pour aller vers les autres disciplines

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    • Situation problème et disciplines ?

      Février 2008, par Agnès Montaigne

      Je ne suis pas sûre du tout que ce soit possible ou même souhaitable...

      Quand on veut faire prendre conscience aux élèves du fonctionnement des outils en les mettant devant un "mystère" à résoudre, les besoins disciplinaires passent momentanément au second plan au profit des concepts et savoirs info-documentaires.

      Des situations problèmes type sont bien entendu mises en place à l’occasion de nombreux travaux disciplinaires. Cependant il ne s’agit pas de méthodologie, mais de culture informationnelle, même si au bout du compte, cela permet d’améliorer l’usage des outils et ressources. Pour cette raison, il serait artificiel de les rattacher à telle ou telle situation disciplinaire de recherche documentaire.

      Dans notre esprit, il s’agit surtout de disposer d’un fonds commun que chacun mettra en œuvre ensuite à sa guise. La didactisation ne peut pas jouer sur nos négociations avec les autres professeurs, sauf à nous permettre d’avoir les idées claires pour faire des propositions adaptées aux situations réelle.

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  • Le chantier de la didactique info-documentaire dans le camp des professeurs documentalistes

    Février 2008, par KOENIG Didier

    Commentaire déjà déposé sur le blog de savoirCDI, mais il me semble plus judicieux de l’inscrire ici.

    Tout à fait d’accord pour que les documentalistes manifestent une volonté offensive, comme le suggère le titre de l’article posté par Olivier Le Deuff. Mais si je suis d’accord sur la fin, je ne le suis pas sur les moyens ! Tous les travaux de sciences de l’information et de didactique de la documentation sont intéressants et utiles : il reste aux documentalistes d’avoir le temps, les moyens et la volonté de s’en emparer à titre personnel. Mais les conclusions tirées par les auteurs orientent la pratique dans un sens en oubliant d’autres possibles, à mon avis bien plus réalistes et pertinents. Car les élèves sont d’abord avec des enseignants de discipline dans un établissement scolaire, et il n’est pas question que des documentalistes s’impliquent dans des enseignements spécifiques de documentation et ce pour plusieurs raisons : d’abord parce qu’une bonne partie d’entre eux, et j’en suis en partie tout du moins, n’ont pas la science maitrisée requise pour s’imposer dans un tel enseignement. La plupart d’entre nous dans la profession sur le terrain a déjà du mal à maitriser des procédures plus que mouvantes et toujours en devenir, pour que les concepts et les notions puissent être didactisés avec pertinence. Ensuite les missions d’un documentaliste dans un établissement scolaire couvrent d’autres champs tout aussi importants que la seule action pédagogique directe, et qu’il faudrait donc la création de milliers de postes supplémentaires pour imaginer mettre en oeuvre ce que nos chercheurs prônent. Ensuite les programmes scolaires sont déjà pléthoriques et je ne vois vraiment pas quand et comment on pourrait ajouter une discipline nouvelle. Mais si vous proposez d’en enlever, je vous souhaite bien du courage ! Enfin les sciences de l’éducation ont aussi montré que les concepts et les procès s’interpénètrent et qu’il n’est pas possible de viser la maîtrise par un apprenant en les séparant artificiellement, ce qui d’ailleurs signale la limite de la didactique. Enfin je trouve qu’il y a un certain mépris à affirmer que les collègues de discipline sont incapables d’acquérir une culture de l’information suffisante pour la transmettre. La pratique prouve que de nombreux professeurs interviennent déjà dans ce domaine aussi au coeur de leur activité disciplinaire. Cette manière de vouloir asseoir un précarré qui serait réservé exclusivement à un corps de métier spécifique rappelle dangereusement l’histoire d’un système éducatif saucissonné par les disciplines d’enseignement qui s’ignorent entre elles, chacune néanmoins certaine de leur urgente nécessité. Moyen en quoi toute les tentatives de transversalité qui peuvent seules donner du sens aux connaissances sont vouées à l’échec ou au rebus depuis les 10% … Plus que jamais c’est l’ensemble de l’équipe pédagogique qui doit s’impliquer dans la formation du futur citoyen, ce pour quoi nous sommes bien tous nommés et rétribués d’ailleurs, et ce serait une grave erreur de dédouaner chaque enseignant de discipline d’une quelconque responsabilité dans la formation d’une culture de l’information des élèves. Deux urgences : que les documentalistes se forment grâce à tous les travaux qui permettent de mieux saisir les enjeux des évolutions de notre société dans le domaine de l’information et de la documentation (un espérant qu’un certain jargon ne supplante pas une quête utile de termes fondateurs) Qu’ils mettent en oeuvre dans leur établissement une dynamique qui sensibilise l’ensemble des acteurs du socle commun qui, à tous ses niveaux, en porte les exigences. On a là deux axes essentiels d’un projet de politique documentaire …

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    • C’est l’intérêt des élèves

      Février 2008, par Agnès Montaigne

      Notre collègue exprime son désaccord ou son scepticisme dans trois domaines :

      - Les professeurs documentalistes auront-ils le temps, la volonté et « la science maîtrisée » requise pour s’approprier les avancées de la didactique ? La question est posée, la réponse est ouverte. Il est vrai, comme le souligne notre collègue, que nous sommes bien peu nombreux… Mais c’est aussi à l’institution que la question est posée et pas seulement en terme de nombre de postes, mais aussi de cursus initial pour aborder le CAPES et de formation continue au même titre que les autres enseignants alors que nos domaines évoluent très rapidement.

      - Comment pourrait-on ajouter une discipline nouvelle ? Ce n’est pas la question que nous traitons et à nos yeux, elle n’est même pas sous-jacente à la problématique que nous ouvrons. 

      En effet d’ores et déjà, tous les jours, dans les établissements les professeurs documentalistes sont confrontés aux difficultés des élèves face à l’information. Leur méconnaissance du fonctionnement des outils les amène à des pratiques qu’on pourrait souvent qualifier de magiques. La non appropriation conceptuelle de certaines notions clés par exemple : auteur, publication/ édition, évaluation, source, rencontrées avec les documents imprimés empêche la compréhension de la révolution apportée par les documents numériques et là encore conduit à des pratiques inefficaces dans le meilleur des cas, voire dangereuses . 

      Pourquoi vouloir priver des professeurs titulaires d’un CAPES d’une réflexion épistémologique et didactique sur  « l’enseignement » (faire signe, donner du sens) à apporter aux élèves ? Nous sommes convaincues en effet que l’action de soutien à des recherches disciplinaires individuelle, en petits groupes ou en classe entière donne autant sinon plus, l’occasion d’un apprentissage que les séances formelles décidées une fois pour toutes en début d’année et qui risquent d’être plaquées. Diagnostiquer les obstacles, aider à construireou à mobiliser le concept juste, mettre en scène une  « énigme » ou poser un problème d’information pour ancrer une compréhension sont des compétences didactiques qui nous sont  indispensables. Ces points peuvent d’ailleurs faire l’objet d’interventions très courtes surtout si elles sont placées au bon moment, en réponse à un réel problème ou correspondant à une pratique authentique des élèves..

      Contrairement à ce que suppose D. Koenig, ce que nous proposons n’est destiné qu’à faciliter la pratique pédagogique des professeurs documentalistes dans la situation actuelle sans prétendre à tout remettre en cause. Être plus au clair avec les concepts et les notions, les situations problèmes et les obstacles ne suppose en aucun cas qu’il faut balayer tout ce qui se fait aujourd’hui et instaurer un nouveau jargon... C’est simplement faire preuve de la même exigence que celle qu’on attend de tout professeur quelque soit sa discipline et sa situation face aux élèves.

      - Mettre en œuvre une action mobilisant l’ensemble de l’équipe pédagogique, plutôt que de "défendre un pré-carré"… Nous ne voyons pas en quoi accroître les compétences professionnelles spécifiques des documentalistes pourrait empêcher une telle action. Loin de nous l’idée de séparer artificiellement procès et concepts, entendez  pratique de la recherche dans les disciplines et réflexion sur les outils, enjeux, ressources. Nous proposons bien au contraire comme matrice disciplinaire la recherche d’information, c’est à dire une pratique bien ancrée dans le réel du travail des équipes pédagogiques.

      Mais nous maintenons l’idée d’une spécificité fondée scientifiquement et pas seulement justifiée par une situation de travail différente. Seule la clarification de nos apports est capable en effet de donner un sens aux travaux en équipe et de compléter l’action de construction des connaissances menée conjointement avec nos collègues de discipline. 

      Nous ne pouvons pas nous empêcher de relever au passage une contradiction dans les propos de D. Koenig. Comment des professeurs de discipline, qu’il ne faut certes « pas dédouaner de toute responsabilité en matière de culture de l’information » « pourraient-il avoir la science maîtrisée requise pour s’imposer dans un tel enseignement », science nécessaire pour comprendre les nouveaux outils, alors qu’on doute de la capacité des documentalistes à l’avoir ! Il n’y a là aucun mépris pour personne de notre part en tout cas. Nous n’avons que la volonté d’améliorer l’efficacité de notre action d’enseignants et de professionnels de l’information instauré par la création du CAPES et inspiré par la nécessité d’aider nos élèves à comprendre et à s’intégrer dans la société actuelle.

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    • Le chantier de la didactique info-documentaire dans le camp des professeurs documentalistes

      Février 2008, par annie le grevellec

      Documentaliste depuis 25 ans, je partage totalement ce point de vue qui pose clairement la problématique de la didactique info-documentaire et de façon réaliste au moment où nous assistons à une diminution des postes de doc.

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  • Le chantier de la didactique info-documentaire dans le camp des professeurs documentalistes

    Mars 2008, par Mariehel

    Je suis à la fois d’accord et pas d’accord avec cette réponse à l’article sur le chantier de la didactique. En effet, quelque chose passe au second plan, mais pas forcément les besoins disciplinaires : "Quand on veut faire prendre conscience aux élèves du fonctionnement des outils en les mettant devant un "mystère" à résoudre, les besoins disciplinaires passent momentanément au second plan au profit des concepts et savoirs info-documentaires." Je pense que c’est même souvent le contraire, et les élèves, obnubilés par la demande de leur professeur de discipline, et surtout par la note à venir, ne prêtent que très peu attention aux discours méthodologiques. De plus, j’ai constaté qu’ils confondent la démarche documentaire à la discipline avec laquelle elle est momentanément associée. Ils sont plus disponibles quand la méthodologie est traitée pour ce qu’elle est, et sont ensuite capables de réinvestir ces connaissances dans n’importe quelle situation nécessitant une démarche documentaire, pour peu qu’on fasse un petit rappel en début de séance (le célèbre "faire émerger les connaissances"), et se rendent comptent que cette démarche est utilisable dans n’importe quelle discipline ou dispositif (défunts IDD, ECJS ou autres).

    Voir en ligne : Le chantier de la didactique info-documentaire dans le camp des professeurs documentalistes

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